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N°55, janvier 2012
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Témoignage : 24 heures à Port-au-Prince (15 janvier 2010)

Par Nesmy Manigat, Directeur Aide et Action Amérique Latine-Caraïbes
Il est 19 heures ce mercredi soir quand je traverse en trombe la frontière entre Haïti et la République Dominicaine pour me rendre à Port-au-Prince entre Jimani et Malpasse. Je suis pressé de retrouver ma famille  pour finalement avoir des nouvelles mais tout aussi terrifié a l’idée de compter les morts et les blessés. Nathalie, ma collègue de bureau à Saint Domingue me précède dans un autre véhicule du bureau.  On transporte des  kits de survie pour nos collègues dont on a aucune nouvelle et nos familles espérant qu’ils sont encore en vie. Je suis presse de retrouver les collègues et coordonner la participation d’Aide et Action aux victimes de cette tragédie. 
45 minutes plus tard, j’arrive à l’entrée de Port au-Prince après avoir traversé les petit villages ou à la tombée de la nuit, des lits de fortunes sont étalés -ci et -là au bord de la route pour une seconde nuit. Personne n’ose encore rentrer dans les maisons, car de petites  répliques de ce terrible tremblement de terre continuent.   A 5 kilomètres, je découvre l’horreur, des cadavres jonchés par terre, des regards vides, des débris partout, des secouristes improvisés qui tentent de secourir des siens encore vivant et coincés sous les décombres.
 
Soulagement, quand  finalement j’aperçois la maison de mes parents intacte. Ils sont en bonne santé. Mais on est tout même sans nouvelles de certains autres membres de la famille car aucun réseau téléphonique ne fonctionne et compte tenu de l’ampleur des dégâts, on s’attend avec anxiété aux mauvaises nouvelles. Pour Nathalie, ma collègue, c’est une toute autre histoire. Son père et sa sœur sont morts sous les décombres.  Cette nuit  là sera comme beaucoup d’autres encore à venir, dans cette nécropole de Port-au-Prince, des nuits blanches à l’extérieur des maisons, guettant les répliques pour se mettre le plus que possible à l’abri.
 
Très tôt, le lendemain,  je me précipite dans les rues de Port-au-Prince pour me rendre dans les bureaux d’Aide et Action espérant voir les collègues. En réalité, nous disposons de peu de temps pour identifier et organiser notre réponse d’Aide et Action à cette catastrophe. Une odeur nauséabonde remplace les odeurs d’épic matinales de la capitale. Des  milliers de gens s’empressent de quitter la capitale par tous le moyens, tandis que d’autres y accourent pour essayer de secourir les leurs.  Des camps de fortunes sont installés un peu partout. Visiblement, les  gens ont faim, soif. Les morts et les blessés sont tellement nombreux qu’on devient insensible au fur et à mesure qu’on circule. Port-au-Prince saigne de partout. Des milliers d’écoliers et d’étudiants sont morts ou coincés. La catastrophe est trop énorme pour qu’on ait le temps de s’arrêter sur un visage en particulier à part les pleurs déchirants de ces  enfants qui cherchent leurs parents. 48 heures après la catastrophe, le défi est de faire très vite car les victimes ne peuvent plus attendre.
 
Le bureau d’Aide et Action à Port-au-Prince est détruit et personne ne peut y pénétrer car le bâtiment peut s’effondrer à tout moment. Aucune victime, heureusement. J’apprends par des amis que je croise dans les rues, que certains membres du personnel, ont eu juste le temps de s’échapper avec leur famille à l’effondrement de leur maison.  J’apprends également que beaucoup de mes amis sont portés disparus ou carrément mort. J’ai passé le reste de la journée à constater les dégâts et à essayer de joindre les uns et les autres.
 
En fin de journée, après plusieurs efforts, une réunion de coordination est improvisée a la frontière entre l’équipe dominicaine d’Aide et Action et l’équipe locale d’Haïti conduite par Alain Bangoura et ceux qui ont pu être joints. Il est question de collecte de fonds, logistique, nouvel espace de travail, coordination avec les partenaires internationaux et nationaux etc...
 
Il est 20 heures, l’heure de reprendre la route pour Saint Domingue en République dominicaine, car l’appel à solidarité avec Haïti commence à porter ses fruits, bien que ce ne soit pour l’instant qu’une goutte d’eau. Demain déjà, c’est un autre jour, il faut commencer à faire acheminer les premières aides reçues des entreprises et des particuliers de la République dominicaine. Un travail complexe de titan dans ce chaos. Mais, on est tous motivé,  en plus de notre profonde connaissance des réalités de ce pays. Quant à moi, j’en fais une histoire personnelle, car  c’est une partie de moi -même qui saigne aujourd’hui. Il faut tout de suite redonner de l’espoir aux survivants.
 
 
 
 
Après la phase d'urgence, les dons recueillis seront consacrés à la réhabilitation et la reconstruction pour les enfants haïtiens et leurs familles.
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