Aide et Action tient à faire part de son inquiétude liée à la
situation d’urgence qui s’installe
Les conséquences de cette longue crise …
Comme l’a affirmé la plupart des ONG présentes en Haïti,
les conséquences de la crise sociopolitique que vit Haïti, si elles sont encore
difficiles à estimer, sont alarmantes pour les populations.
Le
dysfonctionnement des services de l’Etat, croissant depuis mai 2000, rend
difficile l’accès aux droits fondamentaux : nourriture, eau, santé, éducation,
sécurité…
La violence a augmenté de manière inquiétante. Les conditions de
vie humanitaire se sont dégradé rapidement.
Dans cet environnement devenu
hostile, le groupe le plus vulnérable est celui des femmes et des enfants
confrontés à des manques de soin de santé, de nourriture, d’éducation. Les
garçons peuvent être tentés de rejoindre les groupes armés, et les filles
restent des victimes faciles aux abus sexuels.
D’après certains observateurs,
cette crise haïtienne est un exemple manifeste de contestation de
l’appropriation des richesses nationales du pays, en graves difficultés
économiques, par les élites au pouvoir ou proche du pouvoir.
Elle vient nous
rappeler que la lutte contre la pauvreté, ne devrait pas pouvoir se contenter de
mesures compensatoires et réparatrices. Les événements politiques prennent en
otage la majeure partie d’une population déjà soumise à rudes épreuves par une
situation socio-économique qui ne cesse de se dégrader.
Cette actualité dramatique ouvre de nouveau la « boîte noire » des
causes réelles de l’instabilité chronique d’Haïti…
Certes, on n’y voit pas encore très clair, mais
plus que jamais en Haïti, il va bien falloir aborder les conditions d'accès des
« laissés pour compte » aux droits sociaux les plus élémentaires, les
possibilités de participer aux activités économiques sources de richesses, le
droit à l’éducation levier de développement, etc. Autant de formules pour
questionner les inégalités, les injustices et s’interroger sur leurs
conséquences en terme d’appauvrissement et de spirale de la
violence.
L’’éducation est loin d’être la priorité de l’Etat avec 11%
seulement d’écoles publiques dans le pays, 65% de taux de scolarisation, et
autour de 60% de taux d’analphabétisme.
En 2002, sur une population de huit
millions d’habitants, 49% (3 897 000) avaient moins de 18 ans. Cette génération
n’a connu que des crises : des dictatures (Duvalier et Cédras), et des embargos
(1991 à 1994, et depuis 2000).
En 1995, sur 2 millions d’enfants en âge
scolaire (6 à 12 ans), seul 1 million avait accès à l’enseignement primaire. Et
pour ceux qui sont scolarisés, on enregistre un taux de déperdition énorme de
71,2% à la fin du troisième cycle fondamental, qui les amène à grossir d’année
en année le groupe des exclus.
Nous rappelons que 65% de la population vit
sous le seuil absolu de pauvreté (moins d’un dollars par jour pour vivre), ayant
difficilement accès aux droits fondamentaux humains, dont l’éducation.
Dans une certaine mesure, Haïti qui est le pays le plus pauvre des
Caraïbes, est passé de manière prévisible de la précarité à l’urgence
humanitaire…
Par conséquent, bien que la planification des actions de
soutien à l’éducation en Haïti d’Aide et Action, est fortement affectée par la
crise socio-politique, Aide et Action tient à maintenir solidairement sa
présence en Haïti …
Dès le retour à la normale, notre association reprendra
pleinement ses actions dans le pays. Tirant leçon de la crise actuelle, il
apparaît d’ores et déjà fondamental d’intégrer l’éducation à la paix et à la
citoyenneté comme l’un des axes importants de nos programmes d’éducation. Les
plans d’action définis avant la crise seront révisés au regard de ces
impératifs, et d’autres besoins de post-crise sans doute nécessaires.
Dans la perspective de reconstruction d’Haïti Aide et Action
:
- Réaffirme que l’éducation est un facteur clé du recul de
la pauvreté, de la reconnaissance et de la garantie de la dignité Humaine. Elle
est un puissant levier du développement. Le droit à l’éducation n’est pas une
simple affaire technique et financière. Il s’inscrit avant tout dans une
volonté politique commune de construire de nouveaux rapports entre les peuples
pour un monde équilibré et solidaire.
- Recommande que l’éducation soit
considérée comme l’un des enjeux prioritaires pour le développement de
l’équilibre de la société haïtienne. Le gouvernement, avec l’appui de
la communauté internationale, doit engager des efforts considérables pour
définir, avec tous les acteurs concernés, des stratégies éducatives cohérentes
et mobiliser des ressources financières significatives pour leur mise en
œuvre.
- S’engage sur le principe que l’éducation doit être un
droit pour tous. A ce titre, l’association s’engage à contribuer, avec
ses partenaires, à l’accès des populations haïtiennes à l’éducation et à
soutenir l’objectif d’une éducation pour tous.
- Recommande de renforcer le dispositif de lutte contre la
pauvreté afin de répondre aux autres besoins fondamentaux économiques
et sociaux, de souveraineté alimentaire, de droits juridiques et politiques.
- Réaffirme la nécessité d’accompagner le développement de
compétences haïtiennes à tous les niveaux qui garantira une prise en
main de l’avenir de ce pays et de leur engagement dans la lutte pour une vraie
démocratie
Aide et Action qui avait décidé d’intensifier son action dans cette
région en 2003 et particulièrement à Haïti, réaffirme son intention de
développer des compétences haïtiennes pour que des ONG locales puissent
accompagner l’avenir de leur pays et faire de l’Education un vrai vecteur de
changement .
Dans cette situation humainement très difficile à traverser, Aide
et Action demeure solidaire du peuple haïtien et lui réaffirme son soutien.
Nous encourageons les citoyens haïtiens qui, malgré cette violence ambiante,
ne cessent de s’engager pour le développement de leur pays, parfois au détriment
de leur propre sécurité.
Fait à Paris, le 27 février 2004