« Même si les caméras se sont détournées d’Haïti, pour nous, c’est maintenant qu’il faut agir » a déclaré Nesmy Manigat, directeur d’Aide et Action Amérique Latine-Caraïbes le 10 mars 2010 à Paris. En Haïti où l’association est présente depuis 20 ans, Aide et Action s’engage pour la reconstruction dans son secteur de prédilection : l’éducation.
Le séisme du 12 janvier 2010 a provoqué la disparition de la moitié des écoles de la région de Port-au-Prince, celles restant debout sont transformées en camps de réfugiés. En province, certaines écoles ont trois demandes d'inscription pour une seule place disponible. Les 15 universités de Port-au-Prince sont détruites. Une partie du corps professoral a été durement touchée. Le risque - alors que nous sommes dans l'année des 10 ans du Forum de Dakar pour l'éducation - est un recul majeur des indicateurs de développement en matière d'éducation : taux de scolarisation, taux d'alphabétisation...
L'enjeu est à court terme de limiter la rupture éducative, de recréer des espaces et des conditions d'apprentissage adaptés. Cela,notamment en revoyant les curricula et en recrutant des enseignants. Il faut ensuite reconstruire... et rendre confiance aux parents et aux enfants pour qu'ils acceptent de revenir dans des bâtiments en dur. « Il existe une crainte des familles mais des volontaires également de revenir dans des structures en béton. Nous les emmenons dans un premier temps dans des constructions en matériaux légers » explique Nesmy Manigat.
Soutenir un peuple indépendant
En parallèle à une réflexion sur la reconstruction du système éducatif, Aide et Action a d’ores et déjà entamé les actions de post-urgence avec l’élaboration du projet Nap Vanse, qui veut dire « Nouveau départ ». Sur les ruines de l’université de Quisqueya, au sud de Port-au-Prince, il est prévu que le projet Nap Vanse apportera des soins médicaux, un soutien psychologique et un encadrement pédagogique pour au moins 5 000 enfants haïtiens.
Aide et Action travaille avec les étudiants volontaires de l’université de Quisqueya et leurs professeurs. « Notre but n’est pas de rendre ce pays dépendant de l’assistance humanitaire » a précisé Nesmy Manigat. « Travailler en partenariat avec les communautés et les structures locales est nécessaire. » Les étudiants haïtiens qui agissent de manière volontaire sont en s’engagent dans une expérience citoyenne. Avec une formation pratique sur le terrain, Nap Vanse leur apprend à se former autrement, non comme une élite qui se forme pour elle-même mais comme une compétence au service du pays. Fidèle à sa démarche, Aide et Action soutient les communautés et les groupes locaux pour les amener à prendre en charge la phase de reconstruction à venir.
Les trois phases d’urgence, de post-urgence et de reconstruction sont entamées en même temps par Aide et Action. Jusqu’à aujourd’hui, l’aide d’urgence engagée par l’association a permis de soutenir 10 000 familles haïtiennes par la collecte et la distribution de vivres et de matériel de première nécessité. « Mais l’urgence n’est pas encore terminée » a prévenu Nesmy Manigat. « Les besoins sont encore énormes. »