« En dépit de tous les cadres internationaux de promotion de l'égalité entre les sexes dans toutes les sphères de la vie, force est de reconnaître que les choses ne bougent pas vraiment » dénonce Hélène Rama Niang, responsable de la thématique Education des filles et des femmes pour Aide et Action. Les mouvements féminins ont besoin de soutien pour s’attaquer à la persistance élevée des violences faites aux femmes et des lacunes de l'emploi. Hélène Rama Niang identifie les priorités qui constituent aujourd’hui de véritables urgences et ce, afin de soutenir les actions et initiatives d’Aide et Action pour favoriser l’éducation des filles et des femmes.
- Changer les mentalités surtout à l’école. Les inégalités de genre sont encore perpétuées dans les salles de classe et les clichés et stéréotypes féminins existent toujours. Aussi, il est nécessaire d’augmenter le nombre d’enseignantes, de réformer les manuels scolaires et de revoir le nombre d’heures passées en classe ou à étudier pour les filles. En effet, les filles passent beaucoup de temps à soutenir la famille pour les travaux domestiques. De plus, certains thèmes sont encore tabous tels que le mariage précoce et les grossesses d’adolescentes. « C’est une raison importante de l'exclusion des filles de l'éducation » explique Hélène Rama Niang pour qui « le manque de cours d'éducation sexuelle est à considérer comme une lacune des politiques. »
- Appuyer les politiques visant à promouvoir ou favoriser l’éducation des filles et des femmes. « Il est important d'analyser les facteurs qui contribuent à motiver les filles et les femmes, à participer à des programmes qui leur permettent de développer l’éducation, la formation et les compétences de vie. » Hélène Rama Niang plaide pour des systèmes d’enseignements qui favorisent l’égalité entre les sexes. L’analyste d’Aide et Action prône pour des politiques qui tiennent compte des conditions structurelles à la fois des femmes et des hommes, c’est à dire de la société dans son ensemble.
- Etudier la situation exacte des femmes et des filles dans le secteur de l’éducation. L’analyste observe l’absence de rapports adéquats, de statistiques et de données suffisamment désagrégées sur certains indicateurs. Une situation qui aggrave les lacunes des politiques existantes et qui conduit à une image incomplète de l'état actuel des inégalités entre les sexes. « Il est donc devenu impératif de disposer de statistiques et de données plus fiables dans le secteur de l’éducation. »
- Lutter contre les violences à l’encontre des femmes. On observe que les violences à l’égard des femmes et des filles sont peu ou pas déclarées dans les pays du Sud, souvent non criminalisées ou portées en justice. Pour Hélène Rama Niang, même les médias qui se saisissent de ces questions, n’en font que des traitements événementiels, alors qu’il est possible avec les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) de rendre disponibles ces informations pour des études de cas devant servir à des enseignements ou des actions de plaidoyer sur les violences faites aux femmes ou encore faire l’objet d’actions de justice.
- Combattre le "silence" des femmes dans les instances politiques. Ce phénomène identifié par Hélène Rama Niang porte, selon l’analyste, préjudice à la bonne représentativité et à la prise de décision des femmes élues ou « décideures ». En effet si les femmes sont gagnées par le manque de confiance en elles du fait de leur faible niveau d’instruction ou de leur manque d’éducation et de maîtrise des enjeux, très souvent plutôt que de s’exposer, elles préfèrent garder le silence. « Cela signifie que leurs besoins particuliers et leurs préoccupations ne sont pas abordés de manière adéquate. »
- Mieux représenter les femmes dans les médias. Les femmes sont encore représentées négativement dans les médias, surtout la sexualisation des adolescentes à la télévision. Les stéréotypes et autres marques de subordination et d’infériorisation des femmes sont encore très présents en dépit de toutes les actions de sensibilisation et de plaidoyer. D’après Hélène Rama Niang, « de véritables politiques doivent être définies pour asseoir des lois coercitives ou des sanctions contre la représentation négative des femmes dans les médias. »