Témoignage
" 40 ans de conflits en Afrique : l'éducation oubliée "
Extraits d'entretien avec Antoine Gizenga, responsable du programme Tanzanie, qui a représenté Aide et Action au colloque international de Kinshasa sur le thème " Éducation, violences et conflits en Afrique ", en mars 2006.

AEA : Quel rôle joue l'éducation dans les pays en conflit ? Et, inversement, ne peut-elle pas servir à perpétuer les conflits ?
A.G : Retenons dès le départ que l'éducation dont on parle ici n'est pas uniquement la scolarisation mais plutôt la transmission du savoir, du savoir-faire et surtout du savoir-être. Elle s'acquiert partout : à l'école, à la maison et ailleurs. L'éducation est un puissant moyen de reconstruction. Elle met l'accent sur les valeurs universelles fondamentales (paix, solidarité, respect, liberté etc.). Je suis convaincu qu'une personne ayant intériorisé ces valeurs cherchera par la suite, à éviter les conflits ou à les résoudre d'une manière pacifique. Par contre, l'endoctrinement est une forme d'éducation qui peut être à l'origine de conflits et de graves crises. Des cas passés et présents témoignent des dangers de l'embrigadement.
AEA : Comment l'éducation peut-elle prévenir de futurs conflits ?
A.G : L'éducation doit véhiculer les valeurs de paix. Mais il faut d'abord en donner une définition. Elle ne peut se résumer à l'absence de guerre ou de conflit. D'après moi, la paix est un ensemble de valeurs permettant de vivre en harmonie. Le respect, la citoyenneté, la modestie, la tolérance, la solidarité etc. en
sont des déclinaisons. L'éducation à la paix consiste à intérioriser ces valeurs.
AEA : Avez-vous des exemples concrets d'activités liées à l'éducation à la paix ?
A.G : Les activités à mener sont nombreuses. On peut organiser des activités de formation sur la
résolution pacifique des conflits à destination des communautés, des écoliers ou même au sein
d'entreprises. On peut encore produire des supports pédagogiques en lien avec ces formations (manuels, posters) et qui seront adaptés à chaque cible (enseignants, parents, chef de village, analphabète, élève, salarié...).
Sur le plan scolaire, les initiatives comme " les gouvernements scolaires " sont initiés dans beaucoup de pays. C'est une véritable école de la démocratie. Les enfants prennent leurs responsabilités à bras le corps et ils adorent ça ! Cette initiative pédagogique remporte un grand succès et les résultats sont probants. Il est certain qu'un enfant qui a appris à discuter avec ses camarades, à prendre les décisions de manière collégiale aura de plus fortes chances d'être un citoyen qui défendra ses droits que celui qui a appris à tout accepter sans poser la moindre question.
AEA : Peut-on évaluer l'impact de l'éducation sur la prévention de conflits ?
A.G : On peut comparer deux écoles similaires dont une met en place ces gouvernements scolaires et l'autre non. On peut également suivre les élèves pendant une longue période après qu'ils aient quitté l'école pour voir comment ils se comporteront dans la vie courante. Auront-ils le " leadership " qu'on attend d'eux ? Contribueront-ils au maintien et à la sauvegarde de la paix dans leur environnement ?Quoi qu'il en soit, l'impact de l'éducation sur les comportements pacifistes des individus ne se mesura qu'au bout d'un temps suffisamment long.